« Aux États-Unis, l’économie ignore le concept de décroissance » : Regards croisés d’Augustin Landier et David Thesmar
Aux États-Unis, malgré les vagues d’incertitude et les turbulences internationales, l’économie américaine continue d’évoluer selon une trajectoire qui semble s’écarter radicalement du concept de décroissance, si largement débattu en Europe. En 2025, cette dynamique intrigante interroge économistes et observateurs. Augustin Landier, professeur à HEC, et David Thesmar, enseignant au MIT, dressent un portrait contrasté et approfondi d’une croissance économique qui, bien que sujette à des défis, refuse de basculer dans un modèle de récession prolongée. Alors que les débats se focalisent souvent sur la fragilité des échanges internationaux et les politiques protectionnistes, les États-Unis démontrent une résilience notable. Ce duo d’experts analyse les effets réels des droits de douane instaurés depuis avril 2025, le rôle de l’intelligence artificielle dans le renforcement de la croissance américaine, ainsi que les tensions économiques et culturelles grandissantes avec l’Europe, où la décroissance est perçue différemment.
Cette évaluation croisée révèle aussi comment les politiques économiques américaines oscillent entre pragmatisme et stratégies populistes, sans que le pays ne perde son élan central autour de l’innovation technologique, vecteur principal d’une croissance toujours vigoureuse. Ces perspectives économiques contemporaines interpellent sur la manière dont les États-Unis gèrent leur développement durable et envisagent leur avenir face aux défis globaux. Au cœur de l’analyse économique, Landier et Thesmar offrent un éclairage unique sur pourquoi, pour l’Amérique, le concept de décroissance économique semble non seulement éloigné, mais étranger au débat public.
Des politiques économiques protectionnistes et leurs impacts limités sur l’économie américaine
Le début de l’année 2025 a été marqué par une série de mesures protectionnistes aux États-Unis, notamment l’augmentation significative des droits de douane envers plusieurs partenaires commerciaux. Cette stratégie, emblématique de l’ère Trump, avait été largement critiquée par les experts économiques qui voyaient en elle un risque majeur de déstabilisation économique, entraînant un chaos commercial mondial. Cependant, neuf mois après leur mise en œuvre, il apparaît clairement, selon l’analyse combinée d’Augustin Landier et David Thesmar, que ces mesures n’ont eu que des conséquences limitées.
Les économistes pointent d’abord l’absence de gains très significatifs liés à l’ouverture des échanges dans les modèles traditionnels, ce qui les conduit à relativiser l’efficacité des politiques visant à freiner l’internationalisation. David Thesmar souligne que ces droits de douane élevés n’ont pas causé des dégâts majeurs grâce à la plasticité de l’économie mondiale : les circuits commerciaux ont su rapidement s’adapter, modifiant les chaînes de valeur à une vitesse inattendue. Ainsi, les perturbations initiales ont été compensées par un rebranchement efficient des réseaux commerciaux.
De son côté, Augustin Landier rappelle que les stocks massifs accumulés par les entreprises avant l’application de ces tarifs ont servi d’amortisseur pour atténuer les chocs. De plus, il met en avant la réaction des marchés financiers qui, bien que initialement paniqués, se sont rapidement ressaisis, retrouvant un optimisme prudente. Au-delà des émotions provoquées par les déclarations présidentielles, la réalité économique s’est montrée plus résiliente que ce que prévoyaient les scénarios alarmistes.
Liste des facteurs qui ont limité l’impact des droits de douane
- Accumulation préalable de stocks par les entreprises
- Adaptabilité rapide des chaînes d’approvisionnement internationales
- Pragmatisme des acteurs économiques face aux mesures protectionnistes
- Rééquilibrage rapide des flux commerciaux vers d’autres partenaires
- Confiance retrouvée sur les marchés financiers après la panique initiale
Ce contexte fait écho à une récente étude évoquée dans un article spécialisé qui déconstruit plusieurs idées reçues liées aux effets immédiats des politiques protectionnistes. Les conclusions démontrent que l’économie américaine dispose de mécanismes internes qui lui permettent de digérer ces impacts sans retomber dans la stagnation.
| Critère | Attentes initiales | Réality constatée |
|---|---|---|
| Impact sur le PIB | Réduction significative | Rebond positif (+0,9 % au 2e trimestre, +4,3 % au 3e trimestre) |
| Réaction boursière | Effondrement prolongé | Choc temporaire suivi de stabilisation |
| Inflation | Forte poussée inflationniste | Stabilisation progressive |
| Réequilibrage des marchés | Difficulté majeure | Redéploiement rapide des flux |
En résumé, les spéculations catastrophistes liées à ces politiques n’étaient pas en phase avec la réalité de la capacité d’adaptation de l’économie américaine. Ce constat souligne la nuance nécessaire dans l’étude des politiques économiques à l’ère de la mondialisation complexe.

La croissance économique stimulée par l’essor de l’intelligence artificielle aux États-Unis
Une des sources majeures de la vigueur de l’économie américaine en 2025 réside incontestablement dans l’investissement massif et la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA). Le PIB a progressé de 4,3 % au troisième trimestre, largement porté par les innovations technologiques dans ce secteur. Augustin Landier et David Thesmar offrent une analyse détaillée de cette dynamique, en pesant les scénarios possibles quant à l’impact de l’IA sur le futur économique.
Augustin Landier imagine deux trajectoires : la première où l’IA atteint rapidement un plateau, concentrée sur des gains de productivité dans des domaines comme la collecte de données, la conduite autonome ou la programmation. Ce scénario engendrerait une hausse du niveau du PIB sans pour autant entraîner une accélération durable de la croissance économique. La deuxième perspective est plus audacieuse, voyant l’IA comme un véritable moteur d’innovation. Dans cette vision, les agents autonomes et robots chercheurs pourraient repousser les frontières de secteurs clés comme la santé, les transports ou l’énergie, dopant ainsi la croissance elle-même.
David Thesmar, plus sceptique, met en regard les révolutions technologiques passées et maintient que malgré leurs impacts, les règles économiques fondamentales demeurent inchangées. Il souligne notamment que le ratio cours/bénéfices de la Bourse américaine, autour de 40 actuellement, reflète une surévaluation comparable à celle précédant l’éclatement de la bulle Internet fin 1999, alimentant un risque notable d’éclatement d’une bulle IA dans les années à venir.
Différentes perspectives sur l’impact économique de l’IA
- Plateau de productivité : gains limités à des secteurs spécifiques
- Effet game changer : innovation autonome poussée, nouvelle croissance
- Optimisme du marché : anticipation d’une croissance durable forte
- Scepticisme prudent : cours boursiers surévalués, risque d’explosion de bulle
| Indicateurs clés | 2025 | Commentaires |
|---|---|---|
| PIB Etats-Unis (3e trimestre) | +4,3 % | Surperformance grâce aux investissements IA |
| Ratio cours/bénéfices du Nasdaq | 40 | Valeur très élevée, comparable à 1999 |
| Part des investissements IA dans la tech | 60 % | Booster majeur de la croissance économique |
Ce débat souligne les enjeux liés au développement durable : il s’agit non seulement d’une transformation économique, mais aussi d’une mutation sociale et industrielle majeure, nécessitant des politiques économiques adaptées pour canaliser ces innovations sans créer d’instabilités trop brusques.
Les différences culturelles et économiques entre les États-Unis et l’Europe face à la notion de décroissance
La notion de décroissance, souvent au cœur des débats en Europe, semble relativement absente dans le discours économique américain. Selon l’analyse d’Augustin Landier et David Thesmar, cette divergence reflète des visions culturelles et économiques profondément différentes entre les deux continents. En Europe, l’accent est mis sur une croissance modérée, articulée autour du développement durable et d’un équilibre entre aspirations individuelles et collectives.
Aux États-Unis, en revanche, la croissance économique est encore au centre des préoccupations, portée par une croyance forte en l’innovation technologique comme moteur principal. Le concept même de décroissance est quasi inconnu chez les jeunes générations américaines, pour qui la technologie est la nouvelle frontière à conquérir. Ce fossé se manifeste également dans les priorités politiques et institutionnelles, avec un focus plus marqué sur la puissance technologique outre-Atlantique contre une priorité donnée à l’environnement en Europe.
Principales différences dans le rapport à la décroissance et à la croissance
- États-Unis : forte valorisation de la croissance économique et de l’innovation
- Europe : acceptation culturelle de la modération et de la croissance limitée
- Jeunes générations : américaines orientées vers la technologie, européennes plus sensibilisées à l’écologie
- Politiques publiques : divergence sur les priorités entre puissance technologique et développement durable
Ce désaccord est aussi au cœur de discussions portant sur l’avenir de la coopération transatlantique, notamment dans le contexte actuel de rivalité économique croissante. En témoigne le débat sur les droits de douane et les politiques commerciales, mais aussi les stratégies de recherche et développement, où les choix européens privilégient la durabilité, souvent au détriment d’une croissance plus rapide.
| Aspect | États-Unis | Europe |
|---|---|---|
| Vision économique | Innovation et expansion | Modération et durabilité |
| Jeunesse | Technophiles ambitieux | Sensibles à l’écologie |
| Politiques économiques | Promotion de la tech et des géants numériques | Encouragement des énergies renouvelables |
| Débat sur la décroissance | Quasi inexistant | Sujet central |
Cette analyse révèle également comment le débat sur le développement durable et les politiques économiques est façonné par des cultures nationales, qui influencent profondément les orientations stratégiques des différents acteurs économiques.

Les élections de mi-mandat : un tournant politique aux implications économiques majeures aux États-Unis
Dans ce contexte animé, les élections de mi-mandat prévues pour novembre 2025 constituent un moment clé pour la trajectoire future de l’économie américaine. Le paysage politique pourrait subir des changements majeurs avec une probable reprise de la Chambre des représentants par les démocrates, tandis que le Sénat resterait sous contrôle républicain. Cependant, ces changements ne devraient pas entraîner de bouleversements radicaux des politiques budgétaires ou monétaires à court terme.
David Thesmar souligne que la politique budgétaire est encadrée par une loi de finance pluriannuelle et que le veto présidentiel républicain ainsi que le contrôle du Sénat limiteront les possibilités de modifications substantielles. Le gouverneur de la Réserve fédérale, nommé au début de l’année, jouera également un rôle pivot dans la politique monétaire indépendante du résultat électoral. Augustin Landier, quant à lui, observe que le changement de majorité pourrait influencer le climat des affaires et les orientations stratégiques dans certains secteurs, notamment la tech, où une partie des milieux d’affaires ont récemment favorisé les positions trumpistes.
Principaux enjeux économiques liés aux élections de mi-mandat
- Stabilité budgétaire encadrée par la loi pluriannuelle
- Influence limitée sur la politique monétaire via la FED
- Impact potentiel sur la confiance des investisseurs dans certains secteurs
- Évolution possible des stratégies économiques selon la majorité parlementaire
- Effet sur le débat politique et la cohésion économique nationale
| Élément | Attendu | Conséquence pour l’économie |
|---|---|---|
| Contrôle Chambre des représentants | Démocrates | Rééquilibrage politique |
| Contrôle Sénat | Républicains | Maintien du statu quo budgétaire |
| Nomination Gouverneur FED | Début 2026 | Politique monétaire stable |
| Veto Présidentiel | En vigueur | Limite aux changements majeurs |
Ce double jeu entre continuité institutionnelle et dynamique politique illustre la complexité des politiques économiques américaines, où les forces en présence maintiennent un équilibre précaire. La vitesse de reconfiguration des idées et des alliances montre également à quel point la scène économique peut évoluer rapidement aux États-Unis.
Les clés pour comprendre la résilience et les perspectives économiques des États-Unis face aux défis mondiaux
Plus que jamais, les États-Unis démontrent une économie résiliente et en constante adaptation, capable de surmonter les crises commerciales, les tensions géopolitiques, et d’intégrer des technologies disruptives comme l’intelligence artificielle pour stimuler une croissance économique soutenue. L’analyse d’Augustin Landier et David Thesmar met en lumière les différentes facettes de cette résilience, depuis la capacité d’absorption des chocs protectionnistes jusqu’à l’innovation technologique qui redéfinit le paysage économique.
La résilience américaine ne se limite pas à des facteurs internes, elle repose aussi sur une capacité à gérer des enjeux complexes, en ménageant un équilibre entre pragmatisme économique et pression politique. La rapidité avec laquelle l’économie se “cicatrise” suite aux perturbations montre une flexibilité remarquable. De plus, les investisseurs restent vigilants face aux risques liés à la surévaluation, notamment dans le secteur de la tech, mais continuent d’encourager l’innovation.
Facteurs clés de la résilience économique américaine
- Adaptabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales
- Investissements massifs dans les technologies émergentes
- Politiques économiques pragmatiques limitant les risques
- Culture d’innovation et entrepreneuriat dynamique
- Soutien institutionnel malgré les tensions politiques internes
| Facteur | Illustration | Conséquence |
|---|---|---|
| Innovation IA | +4,3 % PIB au 3e trimestre | Stimulation de la croissance |
| Résilience commerciale | Réajustements rapides des flux | Absorption des chocs tarifaires |
| Climat politique | Loi de finance pluriannuelle | Stabilité budgétaire |
| Marché financier | Ratio cours/bénéfices élevé | Vigilance accrue sur la bulle |
En somme, si l’économie américaine semble ignorer le concept de décroissance, elle concentre ses efforts sur un développement durable via l’innovation et une gestion équilibrée des politiques économiques. Ce modèle, bien qu’ayant ses défis, offre des perspectives économiques prometteuses pour l’avenir proche.
Quels sont les impacts des droits de douane instaurés en 2025 aux États-Unis ?
Ils ont eu un impact limité grâce à l’adaptabilité des chaînes d’approvisionnement, aux stocks accumulés par les entreprises, et au pragmatisme des acteurs économiques, permettant de minimiser les perturbations économiques.
Comment l’intelligence artificielle contribue-t-elle à la croissance américaine ?
L’IA est devenue un moteur majeur de croissance, avec des investissements conséquents dans la technologie qui stimulent le PIB et ouvrent des perspectives d’innovation dans plusieurs secteurs clés.
Pourquoi le concept de décroissance est-il peu discuté aux États-Unis ?
Ce concept est peu présent dans le débat public américain où la culture valorise la croissance économique et l’innovation technologique, contrairement à l’Europe où la décroissance est un sujet central.
Quel sera l’impact des élections de mi-mandat sur l’économie ?
Malgré quelques changements politiques, les politiques budgétaires et monétaires resteront globalement stables, avec un équilibre maintenu entre démocrates et républicains.
Comment les États-Unis gèrent-ils leur développement durable ?
Le pays mise sur l’innovation technologique et une gestion pragmatique des politiques économiques, conciliant croissance et défis environnementaux, bien que la notion de décroissance y soit marginale.
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